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Le MILLEPERTUIS
  Roseline LAVAL


Cette plante de nos campagnes dont l'utilisation remonte à l'antiquité
vient d'être remise sur le devant de la scène phytothérapique, après une période de quasi oubli où on ne l'employait pratiquement plus qu'en usage externe et en homéopathie.
En effet, des propriétés antidépressives viennent de lui être reconnues par les scientifiques, propriétés qui font d'elle un complément intéressant - et sans accoutumance ni effets secondaires - dans le traitement des dépressions, pertes de sommeil et dérèglement de l'horloge biologique.
Avant d'en venir à cet aspect de ses propriétés,
refaisons connaissance avec cette jolie plante sauvage.



Le millepertuis est une plante herbacée qui pousse spontanément dans les endroits incultes et sur le bord des chemins, des haies et dans les bois, à une altitude inférieure à 1600 m. Il est présent dans presque toute l'Europe, le Nord de l'Afrique, ainsi qu'en Amérique et en Asie Occidentale.
Il porte de nombreux noms populaires, qui lui viennent à la fois de son aspect, de ses propriétés ou de la période de l'année à laquelle il est au maximum de sa floraison : Herbe aux brûlures, chasse diable, herbe de la Saint-Jean, herbe aux mille trous, herbe percée, herbe aux piqûres etc.
Il est très facile à reconnaître, même par des enfants, en raison de la particularité de sa feuille qui semble piquetée d'une multitude de trous.

Description :
Cette plante vivace mesure de 30 à 80 cm de haut. Sa tige dressée, est ramifiée et souvent rougeâtre. Le millepertuis doit son nom à ses feuilles parsemées de très nombreux (mille) petits points transparents (pertuis) constituant autant de poches sécrétrices.
Les fleurs jaunes, groupées en inflorescences denses, ont un calice à 5 sépales aigus et une corolle à 5 pétales bordés de poils sécréteurs noirs. Les étamines, nombreuses, sont groupées en trois faisceaux, disposition caractéristique de cette plante.
Les feuilles, petites, vert vif, nombreuses, contiennent les poches sécrétrices, elles sont opposées et attachées directement sur la tige. La tige pourvue de 2 côtes longitudinales est une caractéristique servant à différencier "hypericum perforatum" des autres espèces d'hypéricum.
La plante possède une odeur balsamique, et une saveur aromatique, amère et astringente.

Parties utilisées :
En phytothérapie on utilise les sommités fleuries, fraîches ou sèches.
En homéopathie, on utilise la plante entière (avec les racines), fleurie et fraîche. L'espèce servant à la préparation du remède n'est pas hypericum perforatum mais hypericum perfoliatum (la tige traverse les feuilles au lieu de porter des feuilles opposées).

Récolte :
La récolte du millepertuis doit être effectuée au moment de la floraison, c'est-à-dire de mai à septembre. On le sèche, rassemblé en bouquets, à l'ombre, et à une température inférieure à 40°C.

Principaux constituants :
En dehors d'une huile essentielle contenue en majeure partie dans les fleurs, le millepertuis renferme des flavonoïdes, des tanins et des matières colorantes jaunes et rouges. Le pigment rouge, l'hypéricine est localisé dans les glandes noires des fleurs et des feuilles. On l'extrait en exprimant le suc de ces tissus floraux.
C'est à son huile essentielle et à ses tanins que le millepertuis doit son action antiseptique astringente et sa grande réputation de cicatrisant, lorsqu'il est employé en usage externe.
En usage interne, les flavonoïdes lui confèrent à la fois des propriétés antispasmodiques et cholagogues.
Quant à l'hypéricine, en usage interne, on lui doit les propriétés sédatives et antidépressives qui font l'objet des études récentes. Nous en parlons plus loin.

Indications en médecine traditionnelle :
De tout temps, le millepertuis a été considéré comme une plante très utile. Dans l'antiquité, Dioscoride s'en servait comme diurétique, pour faire venir les règles, faire baisser la fièvre, guérir les sciatiques et les brûlures. Les usages populaires étaient encore plus étendus : comme apéritif, détersif (assainissant des plaies), pour chasser les vers, résister au venin, fortifier les articulations et soulager les coliques néphrétiques. Bref ! la panacée.
De nos jours, le millepertuis est encore beaucoup employé en Allemagne ainsi que, dans des proportions moindres, dans certains pays d'Europe Centrale, en Grande Bretagne, en Suisse et en France.
Les études de laboratoire ont démontré scientifiquement ses propriétés astringentes, antiseptiques et cicatrisantes.
C'est donc une plante qui est particulièrement intéressante en usage externe, contre les brûlures légères (la fameuse huile rouge anti-brûlures), les érythèmes, les inflammations de la peau consécutives aux traitements radiologiques, les ulcères variqueux, les escarres des personnes toujours allongées et les plaies atones. On l'emploie aussi avec succès contre les lésions eczémateuses.
L'usage a de plus confirmé les propriétés anti-diarrhéiques, antispasmodiques et les emplois comme sédatif nerveux aujourd'hui utilisés avec succès contre les états dépressifs.


Enfin, c'est un remède important en homéopathie où " Hypericum perf. " constitue le remède des lésions du système nerveux.

C'est le cas des douleurs lancinantes accompagnées d'élancements sur le trajet du nerf traumatisé, à l'occasion d'une blessure, d'une piqûre, de l'écrasement d'une extrémité ou de l'extraction d'une dent.

Propriétés anti-dépressives du millepertuis :
Le millepertuis a connu sa première heure de gloire pour combattre la mélancolie au Moyen Age, ce qui lui a valu le nom de " Chasse Diable " dans les campagnes où les personnes déprimées étaient souvent assimilées à des personnes possédées du Malin.
Largement utilisé jusqu'au 19ème siècle, il a été brutalement supplanté par d'autres remèdes moins naturels et confiné dans la pharmacopée des médecines douces. Ce sont des chercheurs allemands qui, il y a quelques années, se sont livrés à des travaux scientifiques prouvant de manière irréfutable son efficacité contre la dépression et les stress engendrés par des ruptures de rythme. Ces travaux, confirmés par l'expérimentation lui permettent aujourd'hui de rejoindre la cour des grands remèdes contre la dépression.

  • Ses vertus semblent liées à l'hypéricine, le pigment rouge contenu dans les glandes noires de ses fleurs et ses feuilles, mais il est probable que plusieurs groupes de substances agissent en synergie.
  • Les résultats du traitement de patients dépressifs avec des extraits de millepertuis ont commencé à être confirmés cliniquement au cours des années 1990-1993.
  • Plusieurs études cliniques ont été conduites sur des groupes importants et l'activité antidépressive du millepertuis a été comparable à celle des groupes d'antidépresseurs de type benzodiazépines.
  • Les symptômes majeurs liés à l'état dépressif, comme la perte d'intérêt et d'activité, la baisse de concentration, l'apparition de douleurs somatiques, la diminution de la qualité du sommeil ont été bien améliorés : selon les études effectuées, 63,9% des déprimés ont constaté une amélioration de leurs troubles avec l'utilisation du millepertuis. L'efficacité et la sécurité d'emploi ont aussi fait l'objet d'observation sur plus de 5000 patients sans contre-indication connue (sauf le risque de photosensibilisation en cas d'usage prolongé et de dosages élevés, particulièrement chez les personnes à peau claire).
    Le millepertuis fait donc jeu égal avec les antidépresseurs, mais, contrairement à ceux-ci, il ne provoque pas d'accoutumance ou d'effets secondaires.

Sous quelle forme l'utiliser : Traditionnellement il est employé sous forme d'infusion, seul ou en association avec d'autres plantes à visée neurosédative: Pour une grande tasse d'infusion : verser ¼ de litre d'eau bouillante sur 2 cuillères à soupe de sommités de millepertuis séchées et finement coupées. Laisser infuser 10 minutes avant de filtrer. Boire le matin et le soir au coucher.
Pour bénéficier de son activité antidépressive, l'infusion n'est pas suffisante. Il convient de recourir à des extraits plus concentrés.
De nombreuses préparations pharmaceutiques renferment du millepertuis, sous forme d'extrait sec ou d'extrait lipidique convenablement dosés en hypéricine. L'association du millepertuis avec des plantes sédatives du système nerveux telles que lavande ou valériane renforce ses effets apaisants et permettent un rééquiilibrage des biorythmes favorables au sommeil et au repos.
Une cure anti-déprime doit être effectuée de manière suivie. Prendre 2 à 3 capsules le matin pendant plusieurs semaines ou mois, selon l'état.

Recette Traditionnelle :
Préparation de l'huile cicatrisante et apaisante contre les brûlures :
Remplir à mi-hauteur un bocal de verre de sommités fleuries de millepertuis fraîchement cueilli. Compléter le remplissage avec de l'huile d'olive de bonne qualité. Exposer au soleil jusqu'à ce que l'huile devienne rouge foncé. Filtrer sur une gaze pour éliminer les débris végétaux. Conserver dans des flacons bouchés, à l'abri de la chaleur et de la lumière car l'huile peut s'altérer, sa durée de conservation est d'un an environ...
Pour traiter les brûlures : imbiber une gaze du mélange huileux. Appliquer sur la plaie ou la brûlure. Renouveler plusieurs fois par jour. Le remède diminue les symptômes douloureux, modère les réactions inflammatoires et favorise la cicatrisation.

Précautions d'emploi : En usage externe, l'hypéricine du millepertuis peut avoir une action photosensibilisatrice dont il faut être averti. Dans tous les cas où on applique le millepertuis localement, il faut éviter de s'exposer au soleil.
Si on ne le peut, il est prudent de protéger la plaie ou la brûlure avec un pansement.

En cas d'usage interne prolongé et de forts dosages, les personnes prédisposées peuvent développer des risques allergiques.


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