Légendes du TAO

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La légende de " LA MOUSTIQUE "
  Vinh LUU

On le sait, il n'y a que la femelle moustique qui pique. Mais peut-être ne saviez-vous pas pourquoi elle avait ce curieux privilège ? La triste légende que raconte Vinh nous l'apprend.

Il était une fois, dans la forêt primaire du centre du Viet Nam, un couple de jeunes mariés, vivant de leurs travaux dans cette forêt.
Tous les matins, le jeune mari bûcheron partait couper des arbres tandis que de son côté, la belle mariée s'occupait de l'entretien de la paillote. Elle préparait amoureusement ainsi chaque jour le repas qu'elle portait à midi à son mari. Tout se passa ainsi durant la première année de leur union et ils s'aimaient passionnément dans la simplicité matérielle.

Un beau matin, alors qu'elle préparait le pique-nique de son époux, passa un commerçant ambulant. Apercevant le logis, il donna de la voix, cherchant à savoir s'il y avait quelqu'un. Etonnée par la visite inattendue du marchand, la jeune femme lui apparut toute souriante. Elle lui dit simplement qu'elle n'avait besoin de rien, d'autant qu'elle n'avait vraiment pas de quoi payer ces objets luxueux.
Le commerçant, comme foudroyé par la beauté rayonnante de la jeune femme, insista beaucoup. Déployant tout son savoir-faire, il déballa ses superbes tissus de soie chatoyante en vantant leurs couleurs harmonieuses, leur texture souple et vivante et leur somptueux aspect, il lui fit voir ses admirables bijoux et encore mille autres objets merveilleux, puis, à bout d'arguments, il lui proposa d'essayer ce qu'il lui proposait.
Là, les objets ne firent qu'amplifier la beauté de la jeune femme, et elle en devint ainsi irrésistible. Elle-même en fut profondément éblouie, et le contact avec ces étoffes resplendissantes et tout ce luxe jetant ses feux la firent succomber à la tentation de la luxure. Etourdie, complètement bouleversée, elle décida de suivre le commerçant et d'aller vivre avec lui à la ville. Mais cela ne dura pas bien longtemps, car le rusé négociant vendit rapidement la jeune beauté à un proxénète qui eut vite fait de la transformer en " Dame de la rosée ".
Pendant tout ce temps, le jeune bûcheron fit d'incessantes recherches dans la forêt. Tourmenté au plus profond de lui-même, il pensait que sa jeune épouse avait pu se faire dévorer par le tigre en venant lui porter son repas. Le malheureux ne trouva évidemment rien de suspect dans les bois, aucune trace de sa bien-aimée. Aussi décida-t-il de se renseigner auprès des commerçants ambulants qui traversaient son domaine. En conséquence son champ de recherche pouvait s'étendre bien au delà de sa région. C'est ainsi qu'il finit par apprendre, par l'un d'eux, que sa femme vivait maintenant en ville. Mais il découvrit aussi que, à cause de son métier, elle était actuellement très gravement malade.
Apprenant ces terribles nouvelles, le jeune bûcheron décida sur le champ de lui venir en aide, et bien armé il se rendit en ville. Il y découvrit, non sans peine, sa pauvre femme extrêmement malade, affaiblie et inconsciente. Bouleversé, séance tenante il la chargea sur son dos et la ramena chez lui. Malheureusement, malgré tous ses soins et sa tendresse pour la jeune femme, il vit ses espoirs de guérison s'évanouir peu à peu, et la maladie emporta son amour terrestre.
Profondément attristé, inconsolable, le jeune bûcheron en arriva à décider de rejoindre sa jeune épousée dans l'autre monde. Il retrouva du courage et rassembla ses forces pour construire un radeau sur lequel il installa la défunte, auprès de laquelle, fourbu, il s'étendit. Désespéré, il largua les amarres qui le reliaient encore à son pays et sentit le fleuve emporter mollement son triste esquif vers la mer. Il s'abandonna alors à son profond chagrin.

Les jours et les nuits se succédèrent sans qu'il y prit attention, la faiblesse le gagnait. C'est dans cet état, blotti contre le corps sans vie de sa bien aimée, qu'il entendit une douce voix cristalline qui l'appelait avec insistance. Complètement étonné, il se dégagea et finit par ouvrir les yeux. Dans la brume de son regard il découvrit qu'une fée merveilleuse se tenait près de lui, sur le radeau. Il n'en crut pas ses yeux, ni ses oreilles quand elle lui confia doucement : " Ton amour si pur et si fort pour ta femme me touche profondément, aussi je désire t'aider. Je te propose, reprit-elle, de prendre une goutte de ton sang et de la donner à ta femme. Ainsi, elle vivra le reste de sa vie avec ton sang. Mais fait bien attention, et ceci est ton secret, car le jour où une seule goutte de son sang quittera son corps, la vie la quittera instantanément ! Es-tu d'accord ? " Encore tout ébahi, le jeune homme acquiesça naturellement. La fée lui préleva donc une goutte de sang et la fit pénétrer dans le corps gisant inanimé contre lui.
La jeune femme, ignorant tout de ces manipulations féeriques, revint doucement à la vie et guérit rapidement de sa maladie, grâce à la simple et merveilleuse goutte de sang de son mari aimant.
Le jeune couple reprit sa vie simple et laborieuse dans la forêt, comme auparavant, elle au logis, lui dans la futaie. Cela semblait devoir durer éternellement, tant leur vie simple et courageuse les comblait.
Mais un beau jour, un riche commerçant ambulant s'arrêta devant leur demeure. Il avait un tel chargement de marchandises merveilleuses, de bijoux extraordinaires et de vêtements riches et somptueux que la jeune femme, étourdie aussi par le boniment du professionnel, succomba à la tentation de regagner la ville. Elle suivit donc le riche commerçant.
Mais cette fois, son expérience aidant, elle géra astucieusement bien ses ressources, et elle devint vite très riche. Son pauvre mari de bûcheron lui était complètement sorti de la tête. Or ce dernier était toujours désespérément amoureux de sa belle. " C'est bien mon destin ", pensa-t-il ! " Mais je ne peux pas garder le secret pour moi, il faut que je la prévienne du danger qu'elle court " C'est ainsi qu'il reprit le chemin de la ville.
En le voyant apparaître, sa femme lui demanda immédiatement ce qu'il voulait, et dans la foulée, sans attendre sa réponse, lui intima l'ordre de ne plus venir l'importuner. Le bûcheron essaya évidemment de lui expliquer que sa vie à elle dépendait de la goutte de son sang à lui, et que si par accident elle devait perdre une seule goutte de sang, elle perdrait la vie en même temps. Mais sa femme se mit à rire à gorge déployée, se moquant de son malheureux mari. " Tu veux que je te rende ta goutte de sang ? " lui lança-t-elle follement, et joignant le geste à la parole, elle saisit une aiguille et se piqua le doigt pour en faire sortir une goutte de sang. Instantanément, avant même qu'il n'aie pu faire un geste, elle tomba, morte, devant son mari effondré. Mais elle se transforma aussitôt en moustique, toujours à la recherche d'une goutte de sang de son mari pour reprendre vie.

C'est pourquoi, seule " la " moustique femelle est toujours en quête d'une goutte de sang, en vous demandant doucement " zor…..zor…..cho…..cho " (donner, donner… en vietnamien) avant de vous piquer !


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